Dans votre histoire, c’est le grand-père de Daniel qui a créé la première « Maison de départ » en 2022. Pouvoir redonner vie aux êtres qui nous sont chers grâce au virtuel, est-ce vraiment si proche de nous, à votre avis ?

En écrivant La Maison des reflets, j’ai beaucoup pensé au cas Facebook. Au fil des ans, le réseau s’est transformé en une sorte de cimetière virtuel mondial, avec des milliers de profils changés en espaces de recueillement et de souvenir. J’imagine que personne n’avait songé à cette possibilité au départ, et cela paraissait même sordide, mais les utilisateurs s’en sont emparés. D’une certaine manière, la technologie a déjà commencé à modifier notre rapport au deuil. Le jour où l’on aura des avatars virtuels vraiment convaincants, je ne vois pas pourquoi l’on suivrait un autre chemin – Ray Kurzweil, qui travaille chez Google sur la question, estime d’ailleurs à 2030 l’arrivée d’avatars de ce genre. À partir de là, les reflets ne seront sans doute plus très loin…

La Maison des reflets est une vraie quête initiatique, qui aborde des thèmes fondateurs comme l’émancipation, le premier amour, le deuil… que souhaitez-vous faire ressentir à vos lecteurs ?

Avec le personnage de Daniel, je souhaitais explorer ce moment charnière qu’est l’adolescence. D’un coup, tout semble changer, comme si on avait franchi un point de passage invisible : ce qui, enfant, paraissait immense devient brusquement étriqué. On se rend compte que ce que l’on a ne nous satisfait plus, et vient l’envie d’aller voir ailleurs. De plus les sentiments de Daniel sont exacerbés en raison de son isolement. Le premier amour, la perte d’un être cher, le fait de découvrir que les adultes ont des secrets… Tout lui tombe dessus en même temps, ce qui n’est pas des plus faciles à gérer.

Comment vous est venue l’idée d’introduire des personnes, des paysages virtuels dans ce manoir à l’anglaise si mystérieux, un décor dans lequel on ne s’attend pas a priori à trouver une telle technologie ?

Les reflets étaient à la base de mon roman. Je voulais parler du rapport au deuil, et de la manière dont la technologie peut s’y mêler, le tout dans un futur assez proche. La Maison des reflets est un endroit conçu pour apporter du réconfort à ses visiteurs. J’ai tout de suite imaginé un lieu paisible, assez intemporel, isolé du monde par un immense parc. Le genre d’endroit où l’on se sent hors de son quotidien, un peu comme dans un cocon, et où l’on a plaisir à venir. C’est aussi une sorte de théâtre – et comme tous les théâtres, les coulisses doivent rester secrètes. La Maison toute entière fonctionne grâce à une technologie très avancée : une Intelligence Artificielle anime les reflets, que les visiteurs peuvent choisir de rencontrer dans des paysages virtuels plus vrais que nature. Mais pour que l’illusion fonctionne, toute cette technologie doit rester dissimulée. Tout est une question de décor !

Parlez-nous un peu de votre héros, Daniel, qui vit dans la Maison des reflets. En quoi cet environnement l’a-t-il rendu si différent des autres jeunes de son âge ?

Daniel vit depuis toujours dans une bulle. La Maison Edelweiss, dont son père est directeur, est en effet peuplée de reflets : des doubles virtuels de personnes disparues, qui ont été conçus pour permettre à leurs proches de gagner un peu de temps sur leur deuil et d’adoucir cette période sombre. Daniel évolue donc dans un monde très différent de celui des autres jeunes de son âge. Ses contacts avec le monde réel sont réduits au minimum, ses meilleurs amis et sa propre mère sont des reflets, et son père, qui est un bourreau de travail, a beaucoup de mal à être présent pour lui au quotidien. Daniel est donc très seul – même s’il va mettre un peu de temps avant de s’en rendre compte. Il a aussi le sentiment d’être privilégié, de vivre dans un environnement extraordinaire et d’avoir tout ce qui lui est nécessaire. Jusqu’au jour où il se décide enfin à sortir et découvre que les frontières de son monde sont en fait plus étroites que ce qu’il imaginait…

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