Du 18 au 26 mars 2017 se déroulera la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme, l’occasion de partager vos idées, vos actions et vos lectures en faveur de l’élimination de la discrimination raciale ! Voici une sélection de livres qui nous tiennent à cœur chez Syros : des romans, des albums qui sont essentiels pour lutter contre le racisme et l’antisémitisme.

DOCUMENTAIRES

Les mots indispensables pour parler du racisme - Alexandre Messager

Alors que la poussée actuelle des idées racistes préoccupe une large part de la population, un livre simple, efficace et nécessaire.

> Dès 14 ans

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Le « Stabat mater » est un texte du XIIIe siècle qui évoque la souffrance de la Vierge Marie, au pied de la croix. Il a été rendu célèbre par de nombreux compositeurs, de Vivaldi à Arvo Pärt. Pouvez-vous nous expliquer le lien avec votre titre, Stabat Murder ?

Lorsque j’étais étudiante en théâtre, une amie m’avait prêté sa chambre de bonne à la Cité Universitaire. Il y avait, posé par terre, deux disques : le Requiem de Mozart et le Stabat Mater de Pergolèse. Une nuit blanche musicale s’en est suivie. Tant de génie et de pure beauté m’ont bouleversée. J’ai ressenti la puissance émotionnelle intense de cette musique sans pouvoir la définir exactement. Les chœurs du Requiem m’ont touché au cœur, et les voix du Stabat Mater m’ont arraché des larmes. Expressivité, empathie, simplicité… c’est admirable. La musique ne m’a plus quittée depuis. Lorsque j’ai imaginé mon roman, son titre, Stabat Murder, m’est venu très naturellement. J’aime jouer avec les mots, les sons, les allitérations. Il me fallait seulement trouver la bonne « note ». Le premier vers en latin du Stabat Mater est « Stabat Mater dolorosa », que l’on peut traduire ainsi : « La Mère se tenait debout, malgré sa douleur… ». Une mère qui pleure son enfant perdu, c’est une scène tragique intemporelle. Dans mon roman, toutes les mères se « tiennent debout » et affrontent, chacune à leur manière, l’angoisse et l’inquiétude qui les rongent face au danger qui menace leurs enfants.

En parallèle, on suit l’enquête policière du point de vue de Clara Di Lazio, une commissaire charismatique, au passé chargé…qui pourrait bien être la véritable héroïne de l’histoire, non ?

Oui, c’est elle qui mène la danse. Il était très tentant pour moi de faire de Clara une super flic, une super nana, une super tout. Mais non, j’ai choisi de mettre en avant son côté humain et vulnérable. Ce personnage a vraiment pris toute son ampleur au fur et à mesure de l’écriture. Il a grandi dans mon esprit petit à petit. Clara est très douée, elle ne mâche pas ses mots, elle sait ce qu’elle veut, certes, mais elle avance avec ses peurs, ses doutes et une douleur qui ne la quittera sans doute jamais : la disparition de son jeune frère, Vincent, dix-sept ans plus tôt, et qui n’a jamais été retrouvé. Aussi, lorsqu’on lui confie l’enquête des quatre étudiants disparus, le passé refait surface, violent, brutal… Va-t-elle retrouver son frère en cherchant les autres ? Pourra-t-elle faire la part des choses ? Tout se bouscule dans sa tête, mais elle tiendra le cap.

À 17 ans, Valentin, Matthis, Mia et Sacha sont des pianistes virtuoses qui préparent le concours de leur vie : de quelle manière êtes-vous entrée dans l’esprit de ces jeunes musiciens promis à un avenir d’exception ?

Lorsque je me suis lancée dans cette« aventure musicale », j’ai beaucoup lu sur le sujet, mais surtout, j’ai rencontré des musiciens, notamment une pianiste japonaise remarquable, Remi Masunaga, qui m’a présenté Laurent Cabasso, professeur au CNSM. J’ai pu assister à plusieurs de ses cours. Parmi les étudiants, certains s’apprêtaient à passer un concours international ! Je tenais là mes personnages. Leur niveau était si remarquable que je leur aurais attribué un prix à tous ! Je ne me lassais pas d’écouter les conseils que Laurent Cabasso leur prodiguait, sa façon d’être avec eux, sa grande attention, sa passion. Et lorsqu’il a évoqué Nadia Boulanger et Paul Valery, j’étais conquise. Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir fait partager ces moments qui ont merveilleusement nourri mon roman.

Dès le premier chapitre de Stabat Murder, on est sous le choc et incapable de stopper sa lecture : pouvez-vous nous parler de la construction particulière de ce début de roman et de ce qu’on y découvre ?

L’espace-temps est effectivement un peu bousculé… J’ai voulu rapidement mettre le lecteur au centre de ce que j’ai appelé « Le Cube ». Le faire plonger avec Matthis, Mia, Valentin et Sacha dans cet endroit obscur et froid où ils sont séquestrés. Puis remonter à la surface grâce à des flash-back pour y prendre (moi y compris) une grande bouffée d’air pur. On découvre alors les quatre jeunes pianistes quelques jours avant l’enlèvement. On les voit évoluer au Conservatoire, on assiste à leurs cours, on écoute les conseils de leur professeur Laurent Sabonès. On rencontre leur famille. Tous ceux qu’ils ne verront peut-être plus… Puis très vite, on retourne dans Le Cube où les quatre jeunes s’épuisent à trouver des solutions pour s’en sortir. Tout était question de rythme, afin de garder le lecteur en haleine, comme en musique finalement.

Dans votre histoire, c’est le grand-père de Daniel qui a créé la première « Maison de départ » en 2022. Pouvoir redonner vie aux êtres qui nous sont chers grâce au virtuel, est-ce vraiment si proche de nous, à votre avis ?

En écrivant La Maison des reflets, j’ai beaucoup pensé au cas Facebook. Au fil des ans, le réseau s’est transformé en une sorte de cimetière virtuel mondial, avec des milliers de profils changés en espaces de recueillement et de souvenir. J’imagine que personne n’avait songé à cette possibilité au départ, et cela paraissait même sordide, mais les utilisateurs s’en sont emparés. D’une certaine manière, la technologie a déjà commencé à modifier notre rapport au deuil. Le jour où l’on aura des avatars virtuels vraiment convaincants, je ne vois pas pourquoi l’on suivrait un autre chemin – Ray Kurzweil, qui travaille chez Google sur la question, estime d’ailleurs à 2030 l’arrivée d’avatars de ce genre. À partir de là, les reflets ne seront sans doute plus très loin…

La Maison des reflets est une vraie quête initiatique, qui aborde des thèmes fondateurs comme l’émancipation, le premier amour, le deuil… que souhaitez-vous faire ressentir à vos lecteurs ?

Avec le personnage de Daniel, je souhaitais explorer ce moment charnière qu’est l’adolescence. D’un coup, tout semble changer, comme si on avait franchi un point de passage invisible : ce qui, enfant, paraissait immense devient brusquement étriqué. On se rend compte que ce que l’on a ne nous satisfait plus, et vient l’envie d’aller voir ailleurs. De plus les sentiments de Daniel sont exacerbés en raison de son isolement. Le premier amour, la perte d’un être cher, le fait de découvrir que les adultes ont des secrets… Tout lui tombe dessus en même temps, ce qui n’est pas des plus faciles à gérer.

Comment vous est venue l’idée d’introduire des personnes, des paysages virtuels dans ce manoir à l’anglaise si mystérieux, un décor dans lequel on ne s’attend pas a priori à trouver une telle technologie ?

Les reflets étaient à la base de mon roman. Je voulais parler du rapport au deuil, et de la manière dont la technologie peut s’y mêler, le tout dans un futur assez proche. La Maison des reflets est un endroit conçu pour apporter du réconfort à ses visiteurs. J’ai tout de suite imaginé un lieu paisible, assez intemporel, isolé du monde par un immense parc. Le genre d’endroit où l’on se sent hors de son quotidien, un peu comme dans un cocon, et où l’on a plaisir à venir. C’est aussi une sorte de théâtre – et comme tous les théâtres, les coulisses doivent rester secrètes. La Maison toute entière fonctionne grâce à une technologie très avancée : une Intelligence Artificielle anime les reflets, que les visiteurs peuvent choisir de rencontrer dans des paysages virtuels plus vrais que nature. Mais pour que l’illusion fonctionne, toute cette technologie doit rester dissimulée. Tout est une question de décor !

Parlez-nous un peu de votre héros, Daniel, qui vit dans la Maison des reflets. En quoi cet environnement l’a-t-il rendu si différent des autres jeunes de son âge ?

Daniel vit depuis toujours dans une bulle. La Maison Edelweiss, dont son père est directeur, est en effet peuplée de reflets : des doubles virtuels de personnes disparues, qui ont été conçus pour permettre à leurs proches de gagner un peu de temps sur leur deuil et d’adoucir cette période sombre. Daniel évolue donc dans un monde très différent de celui des autres jeunes de son âge. Ses contacts avec le monde réel sont réduits au minimum, ses meilleurs amis et sa propre mère sont des reflets, et son père, qui est un bourreau de travail, a beaucoup de mal à être présent pour lui au quotidien. Daniel est donc très seul – même s’il va mettre un peu de temps avant de s’en rendre compte. Il a aussi le sentiment d’être privilégié, de vivre dans un environnement extraordinaire et d’avoir tout ce qui lui est nécessaire. Jusqu’au jour où il se décide enfin à sortir et découvre que les frontières de son monde sont en fait plus étroites que ce qu’il imaginait…